Jeanne Collet
Le destin de Jeanne Collet est tout autre. Née en 1645 près d’Orléans, Jeanne est également orpheline. À l’âge de 23 ans, elle s’embarque sur un navire, le Nouvelle-France, en compagnie de 80 autres recrues. Elle débarque à Ville-Marie le 3 juillet 1668.
Comme ce fut le cas pour de nombreuses autres jeunes filles, Jeanne jette son dévolu sur un jeune soldat démobilisé du régiment de Carignan- Salières, Mathieu Binet, arrivé en Nouvelle-France trois ans plus tôt.

À 22 ans, la pression est forte pour que Mathieu Binet prenne femme au plus vite. Peut-être que Jeanne a décelé un enthousiasme mitigé pour le mariage chez Mathieu Binet. Toujours est-il qu’elle se ravise et que le contrat est annulé quelques jours plus tard. On con- sidère que 13 % des Filles du Roy ont, comme Jeanne, conclu plus d’un contrat de mariage.
Elle rencontre ensuite Grégoire Simon qui, dès ses dix-huit ans, s’engageait comme laboureur au service de Jeanne-Mance et s’embar- quait sur le Saint-André à La Rochelle. Arrivé à l’été 1660 à Ville-Marie, après quelques transactions immobilières, il acquiert une concession à la Pointe-aux-Trembles. Il se destine à une vie d’agriculteur.
Cette fois, c’est le bon, et le mariage a lieu à Ville- Marie, le 31 décembre 1668. Grégoire, 28 ans et Jeanne, âgée de 23 ans, demeurent quelques années à Ville-Marie.
Une nouvelle concession est accordée à Grégoire en 1672, cette fois un lot de deux arpents par trois près du lac Sainte-Anne. La paroisse n’est pas encore fondée, mais un premier moulin a été érigé en 1671 ; c’est une vie de pionniers et de défri- cheurs qui les attend.
Jeanne et Grégoire semblent mener une vie somme toute banale, mais, ils demeurent sans enfant, donc sans héritier et sans aide. Nous avons toutefois retrouvé le nom de Jeanne lors de trois baptêmes, dont la petite Jeanne, fille de Catherine Éloi et Mathurin Masta, qui mourra lors de l’épi- démie de rougeole.


Le destin de Jeanne Collet et Grégoire Simon est hélas tragique, puisqu’un an après la bataille de la coulée Grou, alors qu’ils s’affairent dans leur champ, ils sont surpris et tués par des Iroquois au mois de mai 1691. Jeanne, 46 ans, Grégoire, 50 ans, sont tous deux inhumés dans « le coin de la sacristie», du cimetière de la Pointe-aux-Trembles.
La suite de drames causés par les affrontements entre colons et autochtones ne prendra vraiment fin qu’à la signature de la Grande Paix de Montréal, en 1701, près de 30 ans après l’arrivée de la dernière cohorte de Filles du Roy.