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Nos Filles du Roy (1)

Depuis quelques décennies, on s’intéresse de plus en plus aux Filles du Roy : on s’active à rétablir les faits quant à leurs origines, on souligne et on ­reconnait leur contribution unique et essentielle au développement démographique et économique de la jeune colonie française en Amérique du Nord, mais également à l’établissement de la langue française comme langue commune des habitants de la Nouvelle-France. Elles sont notamment présentes dès la fondation de la Pointe-aux-Trembles.

On attribue à l’intendant Talon ­l’initiative de recru­tement de jeunes femmes célibataires destinées à épouser un des nombreux ­habitants et ­artisans ­célibataires déjà dans la ­colonie et à fonder une famille.
L’écart entre le nombre d’hommes et de femmes est immense. En effet, peu d’hommes ont immigré avec leur famille. Ce sont pour la plupart des ­engagés. Ils ont signé un contrat de trois ans, au terme duquel ils pourraient retourner en France. D’autres sont arrivés pour pacifier la région en 1665 avec divers régiments, et sont ­démobilisés en 1668.

Talon offre des incitatifs alléchants à ces militaires qui choisissent de ­demeurer en Neuve-France. Près de 400 ­soldats et officiers acceptent et s’ins­talleront dans de­ nouvelles seigneuries le long de la vallée du Saint-Laurent.
Selon Talon, l’essor écono­mique est tribu­taire de l’essor démographique. De plus, il semble clair que le territoire de la jeune colonie, s’il n’est pas occu­pé et défendu, est ­vulnérable à une invasion et même une ­annexion par l’autre empire colonisateur en Amérique du Nord : l’Angleterre.

Un argument qui a probablement convaincu le roi de financer le recrutement, le voyage et l’établis­sement de presque 800 femmes, la plupart à la charge de l’État, qui arriveront par vagues entre 1663 et 1673. On les appellera Filles du Roy pour cette raison. La majorité sont recrutées via l’Hôpital ­général de Paris qui comprend plus d’une maison, dont La Pitié et la Salpêtrière.

Cette institution n’a pas de vocation proprement médicale. C’est plutôt un endroit où se côtoient la misère et la pauvreté qui carac­térisent le Paris de l’époque. Les femmes qui s’embarquent sur les navires savent qu’elles ont là une ­occasion d’échapper à un destin de misère. Elles ­signeront bientôt un ­contrat qui les engagera pour la vie ; mais elles auront heureu­sement la possibilité de choisir leur partenaire.
Ce tableau présente une vision idéalisée de ­l’arrivée de femmes qui ont traversé ­l’Atlantique, entassées depuis parfois des mois sur un navire ­inconfortable.

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