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Les humeurs du fleuve et du ciel

Bien souvent, les phénomènes météorologiques sont les résultats des changements apportés à la terre par l’être humain. C’est le cas de la Pointe-aux-Trembles où, dès sa fondation, les berges se voient dénudées de leur végétation riveraine. En effet, le dessouchement et le défrichement des espaces riverains provoque un phénomène d’érosion considérable au village, et également vers l’extrémité est du village. Par exemple, pour se situer, on pourrait penser à la maison Beaudry et ses environs. Les premières victimes de cette érosion seront le Chemin du Roy, le premier moulin ainsi qu’une partie du fort.

La grande inondation d’avril 1928 a marqué l’imaginaire de la population pointelière. On rapporte que le village de la Pointe-aux-Trembles a été épargné par cette inondation, mais que le Bout-de-l’Île, lui, a été durement touché.

Effectivement, la zone sinistrée s’étendait de la montée de la Chapelle de la Réparation vers l’est sur près de 800 mètres. Dépendamment des endroits, on pouvait atteindre les 4 pieds ou même les 6 pieds de profondeur. Bien entendu, les services de tramway et les activités économiques reliées au train sont à l’arrêt. Sous la supervision du chef de police, on procèdera à la désinfection des caves de la trentaine de maisons qui ont été touchées par les refoulements d’égoûts.

À la suite de cette inondation, en 1937, la Pointe-aux-Trembles se dotera d’un grand mur riverain partant de la place du village pour rejoindre les environs du boulevard Tricentenaire. L’objectif : empêcher l’érosion et les trop grosses crues printanières.

En 1951, le Bout-de-l’Île est à nouveau victime du fleuve. En effet, cette fois-ci, c’est l’est de la 80e avenue qui sera touché. On mentionne que plusieurs maisons et chalets ont été la proie des eaux et des glaces printanières. La police locale étant totalement débordée, le maire a donc demandé l’aide de l’armée qui a envoyé un peu plus d’une vingtaine d’hommes.

Pour les mêmes raisons et objectifs qu’en 1928, Pointe-aux-Trembles va faire construire, en 1953, un mur riverain pour une partie du Bout-de-l’Île.

Les inondations de 1974 et de 1976 ont eu certaines ressemblances. Elles ont été le résultat de la fonte des neiges et des pluies abondantes. Malgré les nouvelles technologies comme l’aéroglisseur ou l’amphibex qui favorisaient la régulation des eaux du fleuve, la Pointe-aux-Trembles est demeurée vulnérable aux inondations.

Les deux murs ont certainement fonctionné durant ces deux années, mais des secteurs étaient plus à risque comme le parc Clémentine-De La Rousselière. Le parc avait un périmètre ciblé chaque année : on connaissait alors sa vulnérabilité. En 1976, en plus du parc Clémentine-de La Rousselière, les stationnements de l’hippodrome Richelieu et les avenues avoisinantes ont été touchés par l’inondation.

Pour faire changement, la crue éclair de 1987 sera le résultat d’un orage violent qui marquera la fin d’une canicule. On a estimé la pluie tombée entre 50 et 100 millimètres par endroit. À Rivière-des-Prairies, on a mesuré 56 mm. Les dégâts sont larges : sous-sols inondés, réseau d’égoûts sursollicité, pannes de courant, transports en commun paralysés, viaducs transformés en lave-auto comme l’écrit l’Avenir de l’Est.

Le mois de janvier 1998 a marqué les esprits de la plupart des gens ici. Du 5 janvier au 10 janvier, ce sont plus ou moins 100 millimètres de pluie verglaçante qui vont tomber sur l’ensemble de l’île de Montréal. Bilan des dégâts :
120 000 kilomètres de lignes électriques, 30 000 poteaux électriques et 130 pylônes de lignes de transmission sont tombés. Ce sont 1 300 000 foyers qui se verront privés d’électricité pendant la crise du verglas.

Chez nous, à la Pointe-aux-Trembles, dès le 6 janvier, l’état d’urgence est déclenché. Les secteurs de la
1re avenue jusqu’à la 32e avenue et Montréal-Est sont particulièrement touchés. Sans chauffage et sans eau, la plupart de ces familles ont été obligées de trouver refuge chez des proches. Autrement, plusieurs mesures d’entraide sont mises sur pied.

Pour les habitants de la Pointe-aux-Trembles, l’école Daniel-Johnson est réquisitionnée pour servir de centre d’hébergement temporaire tandis que pour Montréal-Est, on mobilise le Centre récréatif Édouard-Rivet. C’est une dizaine de jours plus tard, soit le 15 janvier, que les familles ont commencé à réintégrer leur foyer.

L’évènement aura démontré la générosité et la solidarité des citoyens de la Pointe-aux-Trembles.

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