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1837 : Patriotes pointeliers

Les soulèvements de 1837 et 1838 ont significativement contribué à la construction de notre identité collective. Les habitants de la Pointe-aux-Trembles ont partagé les idéaux réformistes du mouvement patriote et ont pris une part très active à toutes les étapes de ces événements dramatiques.

Sous le régime français, nos ancêtres n’avaient pas connu de représentation démocratique. C’est avec la Révolution américaine et l’arrivée chez nous des Loyalistes américains que la situation va évoluer. Ces nouveaux arrivants avaient connu dans les diverses colonies américaines des chambres d’assemblées élues qui en vinrent à exiger qu’on reconnaisse ce droit dans la Province of Québec créée en 1774.

Mais par contre, on voulut éviter que cette décision n’entraîne la prise de contrôle par les Canadiens français de cette chambre d’assemblée. On convint donc de séparer la province en Haut-Canada et Bas-Canada chacun doté de sa propre chambre, celle du Haut-Canada étant évidemment à majorité britannique. Quant à celle du Bas-Canada, elle verrait ses pouvoirs limités par un conseil législatif et un conseil exécutif (ministres) dont les membres seront nommés par le gouverneur et composés de personnalités fidèles à la couronne.

Graduellement les députés de la chambre du Bas-Canada en vinrent à revendiquer une véritable démocratie parlementaire, l’ensemble de leurs griefs prenant la forme des 92 résolutions acheminées à Londres en 1834.

La réponse de Londres fut une fin de non-recevoir, la Chambre faisant maintenant usage de son privilège de voter le budget pour refuser d’adopter la liste civile pour payer les employés de l’état. La situation évolua graduellement vers un affrontement armé entre les réformistes devenus les Patriotes et le gouvernement, ses bureaucrates et leurs supporteurs dont le virulent Doric Club.
En 1837, les Patriotes pointeliers ont tenu un rôle de premier plan dans les activités du Comité Central Permanent de Montréal (CCPM) dont la présidence incombera à plusieurs reprises au sculpteur Urbain Brien Desrochers et à l’aubergiste François Ayet dit Malo.

Les Pointeliers se doteront d’un Comité de Vigilance qui organisera le boycott des produits importés et la collecte de fonds pour les activités du comité qui prit bientôt le nom de « Association des Héros de la Réforme et des Amis de la liberté ».  En appui aux Fils de la liberté, les jeunes Pointeliers, inspirés par le jeune Marc Campbell, organisèrent une « Compagnie de miliciens du peuple » et s’exercèrent au maniement des armes.

Les Pointeliers firent de leur village un lieu de passage et de refuge pour les chefs patriotes dont la tête était mise à prix. L’auberge de François Malo et l’hôtel de Jacques Chastelain, toutes deux situées sur la rue Saint-François, près du vieux quai, protégèrent la fuite de plusieurs personnages dont : Louis-Joseph Papineau (57), le Dr O’Callaghan, Thomas Storrow Brown.

Après le désastre de Saint-Eustache, le chef patriote Amury Girod, gendre du seigneur de l’île Sainte-Thérèse et formateur des patriotes pointeliers, fut pourchassé sur les chemins de la Pointe-aux-Trembles dans la nuit du 18 décembre et y vécut ses dernières heures, s’enlevant la vie d’après les sources officielles, victime de la soldatesque britannique d’après d’autres.

En 1838, la Pointe-aux-Trembles connaîtra son association des Frères Chasseurs avec à sa tête, le Grand Aigle François Malo, secondé par Joseph Laporte et Marc Campbell. Lors du soulèvement du 4 décembre, les Chasseurs pointeliers fortifièrent leur village, interrompirent les communications sur le chemin du Roy et compromirent la circulation de la poste royale.

Une conséquence directe des soulèvements patriotes fut l’inauguration, le 5 novembre 1846, à la Pointe-aux-Trembles, de l’Institut français évangélique, communément appelé Collège des Suisses. En effet, suite aux mandements de Mgr Lartigue, plusieurs centaines de patriotes et leurs familles risquaient l’excommunication. Les protestants conçurent l’idée d’inviter au pays des missionnaires protestants francophones chargés de l’accueil de ces brebis esseulées et fondèrent en 1844 un pensionnat recevant des garçons, puis des filles. Cette institution participera à la vie communautaire de la Pointe-aux-Trembles jusqu’en 1972.

Le soutien à la cause patriote et réformiste fut le fait d’un très large segment de la population pointelière et le leadership y fut assumé par des gens du peuple, cultivateurs, artisans, commerçants, de tous groupes d’âge et prit appui sur l’engagement tant des hommes que des femmes.

Les Patriotes pointeliers ont donc droit à leur place dans l’histoire de cet épisode crucial de notre évolution collective et à la reconnaissance de leur soif de justice et de liberté, de leur engagement généreux et de leur vision de l’avenir.

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